dEUS + Gabriel Afathi, La Vapeur, dimanche 15 mars 2026, Dijon

Rédigé le 18/03/2026
Eric

Il est à peine plus de  19h00, mais dans la pénombre électrique d’une Vapeur pleine à craquer, le temps semble déjà s’être arrêté. Un dimanche soir, créneau inhabituel pour une messe rock, mais que Tom Barman s’est empressé de sacraliser dès son entrée en scène : « C’est mon jour préféré pour un concert », lance-t-il, un brin provocateur, à une audience dijonnaise venue pour un pèlerinage précis.

En mise en bouche : Gabriel Afathi

La soirée a débuté avec l’enfant du pays, le Dijonnais Gabriel Afathi, en duo avec Martin Lacaille. Si la présentation officielle annonçait un dispositif visuel immersif, c’est finalement une version plus sobre et centrée sur la musique qui nous a été proposée. Dans un registre électro-pop léché, aux antipodes de la fureur organique qui allait suivre, le duo a déroulé un set aux textures soignées. Un contraste de styles radical — presque trop sage pour l’impatience des puristes — qui a néanmoins installé une atmosphère feutrée avant le grand saut dans le rock déstructuré des années 90.

Gabriel Afathi

Le pacte des deux albums

Le voyage avec dEUS commence alors, et il est exigeant. Fidèle au concept de la tournée, le groupe revisite ses racines les plus brutes : l’intégrale des deux premiers séismes discographiques, Worst Case Scenario (1994) et In a Bar, Under the Sea (1996). Loin de l’efficacité immédiate d’un « best-of » radio, ils nous plongent dans leurs structures anguleuses, leurs larsens maîtrisés et leurs ruptures jazz-noise. Forcément, l’ambiance n’est pas aux bras levés sur chaque titre ; elle est recueillie, presque tendue, à l’image d’un public qui redécouvre la complexité de morceaux comme « Mute » ou la rugosité de « Jigsaw You ».

La « triche » et l’apothéose

Pourtant, le groupe finit par tomber le masque. Barman l’avoue lui-même avec un sourire en coin : ils vont « tricher ». Pour s’assurer que La Vapeur bascule dans l’irréel avant le rappel, l’ordre chronologique de la setlist vole en éclats. L’immortel « Suds & Soda », pourtant issu du premier album, est décalé en fin de set principal. Une déflagration nécessaire qui transforme enfin la salle en brasier, libérant une tension accumulée pendant près d’une heure et demie de rock cérébral.

Le cadeau dijonnais

Mais le vrai privilège de cette escale bourguignonne résidait ailleurs. Alors que les setlists des soirs précédents restaient souvent figées dans le marbre, dEUS a offert à Dijon une pépite inattendue : « Disappointed in the Sun ». Ce titre majestueux, boudé lors des dernières dates, est venu confirmer que ce dimanche soir n’était pas une simple étape de plus, mais bien une rencontre singulière.

Cap sur demain

Alors que les dernières notes de « Roses » s’évaporent, dEUS ne nous laisse pas seulement avec nos souvenirs de jeunesse. Entre deux envolées de violon, l’annonce tombe, limpide : un nouvel album est sur les rails et une tournée suivra dans la foulée. À La Vapeur, on a célébré le passé avec une ferveur presque religieuse, mais c’est bien vers le futur que les Belges nous ont projetés. Le culte continue.