Colours in the Street – Insomnie

Rédigé le 18/04/2026
Rédaction

Trois ans après Let’s Talk, le quatuor parisien revient avec quelque chose qu’on n’attendait pas forcément : un album entièrement en français, construit autour de l’insomnie comme état d’esprit autant que comme thème. Le résultat, c’est Insomnies — dix titres qui se déroulent comme une nuit, de Crépuscule à Aube, avec tout ce que ça implique de vertiges, de lucidités soudaines et de matins fragiles.

Le choix du français change tout. Les textes collent à la peau différemment, l’angoisse sonne plus proche, plus réelle. Alexandre Poussard, Noé Russeil, Lucien Saurin et Pierre-Elie Abergel n’ont pas peur des sujets qui font mal — le deuil, le temps qui file, la solitude — mais ils évitent soigneusement le disque plombant. Insomnies accompagne, il n’enfonce pas.

Le Rêve laisse exploser l’angoisse dans un tourbillon émotionnel après une intro suspendue. L’Orage — morceau central, porte-étendard — progresse comme une montée orageuse, cordes en tension, jusqu’à une décharge finale qui traduit physiquement le tumulte intérieur. Seul, plus calme en apparence, laisse couver une ardeur sous-jacente qui ne demande qu’à déborder. Même Le Passage, avec sa réflexion sur le temps qui passe et l’impossibilité de grandir sans vieillir, porte cette marque du groupe : toucher juste sans jamais forcer.

Musicalement, le quatuor déploie une pop aux accents cinématographiques, sensible et percutante à la fois. Les arrangements sont soignés, les dynamiques maîtrisées — on monte, on descend, on respire. Il y a dans ces dix morceaux quelque chose d’organique, de vivant.

Insomnies est un album charnière, mature, sincère. Un disque qui prend le risque de l’intime pour mieux atteindre l’universel. À écouter fort, dans le noir, en attendant l’aube.