I Am Not A Dog On A Chain, dernier album en date de Morrissey paru en 2020, a enfin son successeur. Il aura en effet fallu attendre six longues années pour découvrir Make Up Is A Lie, quatorzième album de l’artiste britannique âgé de 66 ans.
Un vrai parcours du combattant
Ces dernières années, rien n’a été épargné à Morrissey qui, entre la fin de son contrat avec BMG et les soucis causés par Capitol Records en vue de la sortie de l’album Bonfire Of Teenagers, a traversé écueil sur écueil. Bonfire Of Teenagers n’a d’ailleurs jamais vu le jour, à l’exception du très influencé 80’s Rebels Without Applause, dévoilé en 2022, single censé annoncer la parution de cet album fantôme. Capitol Records ayant cru bon de mettre des bâtons dans les roues de l’ex-membre des The Smiths, il faudrait donc s’asseoir sur cet album qui n’arrivera jamais.
S’en est alors suivie une gigantesque bataille juridique entre Morrissey et Capitol Records, remportée au prix d’une haute lutte par l’artiste, qui a vu son contrat rompu, enfin libre de signer avec la maison de disques de son choix. Ce sera Sire Records, label sur lequel paraît finalement ce quatorzième album, Make Up Is A Lie.
Le chaud et le froid
N’en déplaise aux fans inconditionnels, Morrissey, même en solo, s’est montré par le passé capable de bien mieux faire, comme en témoigne notamment I Am Not A Dog On A Chain en 2020. La faute, ici, à une apparition parfois trop appuyée de sonorités électroniques, comme un pied de nez à notre attachement aux guitares.
Les singles Make Up Is A Lie et Notre-Dame ont largement déçu et n’ont pas contribué à rassurer sur la teneur de l’album. Notre-Dame, pourtant présenté comme un hommage à la France et à sa célèbre cathédrale, peine à convaincre. Des claviers, des synthés et la voix de Morrissey : le morceau semble se limiter à cette formule.
Ce quatorzième album souffle ainsi le froid, mais aussi le chaud avec les très électriques You’re Right, It’s Time, Zoom Zoom The Little Boy ou encore le très soul The Night Pop Dropped, morceau énergique que le public parisien avait découvert en avant-première en 2023 lors d’un concert à la Salle Pleyel, tout comme The Monsters Of PiG Alley, qui conclut l’album.
Amazona, reprise du groupe Roxy Music, recèle également un parfum d’électricité, rappelant par instants les grandes heures des Smiths, notamment grâce à un solo de guitare dantesque, presque interminable. Troisième single dévoilé, il vient atténuer la déception laissée par les deux premiers extraits.
De réelles aptitudes de crooner
Make Up Is A Lie, malgré ses imperfections, révèle par moments un Morrissey touchant, voire poignant, n’hésitant pas à s’aventurer vers de véritables envolées lyriques. C’est précisément le cas sur le renversant Many Icebergs Ago, ballade d’anthologie qui saisit dès les premières secondes. Morrissey y déploie toute sa puissance vocale et son talent de conteur.
Lester Bangs, clin d’œil au célèbre Lester Bangs, se montre plus rythmé, à l’image de Kerching Kerching et The Monsters Of PiG Alley.
Autres temps forts de cet album, où Morrissey, toujours en crooner patenté, émeut sans retenue : l’entêtant Headache et Boulevard, magnifique ballade piano-voix.
Un goût d’inachevé
Make Up Is A Lie n’est pas un mauvais album, loin de là, mais laisse l’impression que Morrissey en a gardé sous la pédale, comme s’il n’avait pas encore tout dit. Un léger goût d’inachevé plane, tant l’artiste nous a habitués à davantage en solo.
Pourtant, grâce à des titres comme The Night Pop Dropped ou Many Icebergs Ago, l’ensemble retrouve de la tenue et permet à Morrissey de préserver l’essentiel.
Make Up Is A Lie : un album qui s’écoute et s’apprécie, mais sur lequel Morrissey ne se montre pas à son meilleur.
Notre sélection : Headache, The Night Pop Dropped, Many Icebergs Ago, Amazona.