L’autre matin, j’étais en pleine préparation de ma programmation sur SAM Broadcaster. Je cherchais de quoi muscler la playlist et je tombe sur un titre des Rock’n’Rollos. Dès les premières secondes, je me dis : « Ah ouais, là on tient un truc ! ». Un son de guitare énorme, avec une virtuosité qui m’a tout de suite rappelé le grain de Van Halen, mais balancé à la sauce armoricaine. Des paroles engagées, une énergie qui transpire la Bretagne… Bref, le genre de découverte qui te donne la banane pour la journée. Mais la banane est vite tombée. En creusant un peu sur la plateforme de streaming, je vois cette mention, presque cachée : « Contenu généré par l’IA ».
L’outil du barde ou la machine à clics ?
C’est là que le cerveau commence à bouillir. On peut essayer de voir le bon côté des choses : imaginez un gars qui a des textes plein la tête, une envie folle de crier sa révolte contre le bétonnage des côtes ou la mort de la pêche artisanale, mais qui ne sait pas aligner trois accords de guitare. L’IA devient alors son instrument, son orchestre virtuel. Il « guide » la machine pour exprimer ce qu’il a dans le bide. Si c’est ça, c’est une révolution pour la créativité. Mais peut-on vraiment le croire ? C’est là que le doute s’installe, et il est tenace. Dans ce nouveau monde numérique, on ne sera jamais sûr de la sincérité du mec derrière l’écran. Est-il vraiment sensible à la cause bretonne ? Ou est-il simplement un « prompt engineer » malin qui construit un storytelling de toutes pièces pour générer des écoutes ? On peut légitimement se demander si ce « créateur » n’est pas à l’origine de milliers de titres comme celui-ci, déclinés dans tous les styles possibles — du jazz manouche au métal scandinave — juste pour capter quelques centimes de droits d’auteur à chaque clic.
Le crash du « Live »
Techniquement, pour nous qui gérons des flux audio et qui aimons la dynamique d’un signal bien vivant, le résultat est déroutant. Mais le rock, c’est avant tout une expérience physique. Le live, c’est la sueur, les amplis qui chauffent, l’imprévu d’un larsen et cette connexion électrique avec le public. Devant la musique des Rock’n’Rollos, on ne transpirera jamais en concert. On ne verra pas le guitariste suer sang et eau pour sortir ce solo à la Van Halen. La musique prend une dimension humaine quand elle est partagée dans la poussière d’un festival ou la fumée d’un bar. Ici, le concert est impossible, ou alors il sera aussi virtuel et froid qu’un processeur refroidi à l’azote. On perd l’essence même de ce qui nous fait vibrer.
La productivité oui, l’émotion non ?
Qu’on se comprenne bien : je ne suis pas un anti-IA primaire. Pour être tout à fait franc, je suis le premier à l’utiliser dans mon boulot au quotidien. Pour la productivité, pour automatiser des tâches chiantes, pour trier des infos ou m’aider dans l’organisation, c’est un outil génial que j’ai totalement adopté. L’IA au service de l’efficacité, je signe tout de suite. Mais quand on touche à l’artistique, là où on est censé créer des émotions pures, ça me fout les boules. Voir une machine « simuler » la colère d’un marin-pêcheur ou la mélancolie d’une lande sous la pluie, ça sonne comme une trahison de ce que nous sommes. On peut automatiser un tableau Excel, mais peut-on automatiser un frisson ?
Un futur standard pour les radios commerciales ?
Le vrai danger est peut-être là : dans l’économie de la musique. Demain, qu’est-ce qui empêchera des géants comme NRJ de créer leurs propres équipes de « producteurs IA » ? Ils pourraient fabriquer des tubes sur mesure pour leur programmation, parfaitement calibrés pour plaire au plus grand nombre, et surtout, ils toucheraient 100 % des droits d’auteur. Plus besoin de payer des artistes, plus besoin de négocier avec des labels. Une boucle fermée, rentable, mais totalement déshumanisée. Alors, on fait quoi ? Est-ce qu’on accepte de se laisser bercer par des fantômes numériques parce que le son est « propre » ? Est-ce que la sincérité du message compte encore si le messager est un algorithme ?
C’est votre tour de prendre le micro ! Est-ce que le fait de savoir que c’est de l’IA gâche votre plaisir d’écoute ? Ou est-ce que, comme pour les outils de travail, vous y voyez juste une évolution logique ? Réagissez en commentaire.
Pour finir, je vous laisse sur une dernière réflexion. Cet article que vous venez de lire, avec mes doutes et mes coups de gueule… a-t-il lui aussi été rédigé avec l’aide d’une IA ? Vous n’en saurez absolument rien. Bienvenue dans le nouveau monde. Dans quel monde va-t-on, franchement ?
Vidéo associée : https://www.youtube.com/watch?v=7aask5GxWp0