Les Américains de Nicotine Dolls viennent de publier chez BMG Records leur second LP, sobrement intitulé Nicotine Dolls.
Aux origines de Nicotine Dolls
Le groupe voit le jour en 2018 à New York, à l’initiative de Sam Cieri, chanteur et auteur-compositeur. Dans « nicotine », il y a évidemment la fumée. Pour expliquer la signification du nom du groupe, Sam Cieri évoque des personnes pressées de quitter l’atmosphère éprouvante d’une réception ou d’un bar pour se réfugier dehors et fumer à l’air libre, bien à l’abri des regards indiscrets. Arrivé de sa Floride natale à New York, Sam gagne d’abord sa vie en chantant durant trois ans dans le métro. Alors qu’il travaille dans le théâtre musical, il fait ensuite la connaissance du guitariste John Hays. Pour la petite histoire, Sam Cieri s’est d’ailleurs fait remarquer dans la comédie musicale Once, récompensée aux Tony Awards, équivalent des Grammy Awards pour le théâtre.Cieri et Hays se lient alors d’amitié et décident de monter un groupe, rapidement rejoints par le bassiste John Merritt et le batteur Abel Tabares. Après quelques singles pour « se faire la main » et conquérir le public (The Madness en 2019, Should Have Danced en 2020 ou encore What Makes You Sad), le quatuor sort un premier EP baptisé Sex, Addiction And Everyone Else en 2021. Deux ans plus tard suivra un second EP, How Do You Love Me, paru chez Nettwerk. C’est en 2025 que Nicotine Dolls franchit l’étape du LP avec An Attempt At Romantic, qui marque un tournant décisif dans sa carrière. Cet album signe la consécration du quatuor, mais aussi le début de profonds bouleversements en son sein.
Nicotine Dolls, l’album : une histoire mouvementée et tourmentée
Depuis ses débuts en 2018, le style musical du groupe oscillait entre indie rock, pop mélancolique et quelques touches de rock alternatif. Une identité musicale qui ne convient plus à Sam Cieri ni au batteur Abel Tabares, désireux de muscler davantage le son du groupe pour lui donner une orientation rock plus directe et accrocheuse. De leur côté, John Hays et John Merritt militent pour conserver une identité plus douce et pop. N’ayant pas obtenu gain de cause, Hays et Merritt quittent le groupe, remplacés par John Newsome et Alex Saint-Kitts.Newsome devient le nouveau guitariste, tandis que Saint-Kitts assure la basse, mais uniquement durant les tournées. Lors d’une récente interview accordée au média français Pozzo Live, Sam Cieri est revenu sur les départs conjoints de John Hays et John Merritt : « Cette séparation a été douloureuse, car nous étions de bons amis en plus d’être des musiciens. » C’est avec l’arrivée de John Newsome que le groupe prend pleinement conscience du changement d’orientation qu’il souhaite opérer. Après An Attempt At Romantic, un second LP était déjà prêt à sortir. Il n’en sera finalement rien, puisque Sam Cieri décide de repartir d’une page blanche en enregistrant de nouveaux morceaux dans le style plus direct que lui et Abel Tabares souhaitent désormais défendre.BMG donne son accord au groupe, qui peut alors se lancer dans l’enregistrement de ce qui deviendra l’album éponyme Nicotine Dolls.
Sous l’influence d’Aerosmith
Sam Cieri et sa bande se rendent donc à Nashville, où ils passent quatre mois à élaborer ce véritable second LP. Un album coproduit par Sam Cieri lui-même et Marti Frederiksen, qui a notamment travaillé avec Aerosmith et Ozzy Osbourne. Une patte Aerosmith omniprésente, formidablement mise en exergue par des morceaux tels que Gimme Sympathy, Wanted You To Know ou encore Enemy. Des titres où guitares saturées, rock puissant et direct et voix éraillée de Sam se taillent la part du lion. L’influence d’Aerosmith se retrouve également dans l’implication de Desmond Child, qui participe à l’écriture de quelques morceaux, dont Here To California. Ce dernier a notamment officié aux côtés de pointures telles que Bon Jovi, Joan Jett et… Aerosmith.
Les relations : thème principal de l’album
Ce second LP éponyme aborde les relations en tous genres, qu’elles soient amoureuses ou familiales. Dans le très énergique Wanted You To Know, Sam Cieri évoque ainsi la relation compliquée qu’il entretient avec son père biologique, tandis que la ballade pop Here To California raconte la fuite après une histoire amoureuse difficile et le nouveau départ qui s’ensuit. Quant au sulfureux Gimme Sympathy, single qui vient tout juste d’être dévoilé, il met en lumière les relations à sens unique. Mais les relations ne sont pas le seul thème abordé par Sam Cieri. Enemy, par exemple, traite du refus de porter le poids des erreurs d’autrui et d’endosser une quelconque culpabilité, si infime soit-elle. Contrairement à Gimme Sympathy, dévoilé récemment, Enemy fut le premier single extrait de cet album.
Un album plus musclé, plus rock
Toujours lors de cette interview accordée à Pozzo Live, Sam Cieri ne dissimulait pas sa fierté à propos de ce second LP, déclarant qu’il représentait ce qu’il avait toujours voulu faire avec Nicotine Dolls.Sam souhaitait un album plus musclé et plus rock. On peut affirmer que son vœu a été exaucé ! Gimme Sympathy, Wild, Enemy ou encore Wanted You To Know, voire même Little Games, avec leur son plus direct, mettent littéralement le feu aux poudres. Pour autant, le sommet d’intensité n’est pas encore atteint, les rythmés Going Numb et Just Enough se chargeant de faire monter la tension d’un bon cran. Un rock porté à grands renforts de guitares grondantes et par la voix perçante et criarde de Sam, où se retrouvent d’illustres influences telles qu’Aerosmith, bien sûr, mais aussi Pearl Jam et Ozzy Osbourne.
Quelques moments de légèreté
Sur ce second LP, Sam Cieri et ses acolytes n’ont pas totalement rompu avec leur identité pop mélancolique des débuts. Here To California, I’m Right Here et Drive Away conservent en effet la légèreté qui caractérisait les EP Sex, Addiction And Everyone Else et How Do You Love Me. Toujours dans un registre musical plus doux, il convient d’évoquer To The Wolves, au blues rock aérien, une ballade constituant indéniablement l’un des grands temps forts de cet album. Par son ambiance atmosphérique, To The Wolves est taillé sur mesure pour les virées en voiture ou en van à travers les grands espaces, lors d’un trajet de Las Vegas à Los Angeles, par exemple. Quant à Punch Drunk Lovin’, dans un registre plus folk, son riff de guitare acoustique fait inévitablement penser au somptueux Must I Go Band de Mirador. La voix de Sam Cieri, prenant un ton caressant sur cette ballade, renforce encore cette frappante ressemblance avec Must I Go Band. Avec cet album éponyme, Sam Cieri et les siens nous signifient qu’il faudra désormais compter avec eux au rayon des groupes de rock pur et dur, qui tabassent comme il se doit. Ce disque possède incontestablement tous les atouts pour emmener Nicotine Dolls vers une nouvelle étape de sa consécration, à condition que le public prenne la peine de s’y intéresser. Il eût en tout cas été dommage que ces nouveaux morceaux connaissent le même sort que ceux enregistrés après la parution d’An Attempt At Romantic. Nous aurions alors été privés d’une galette de haute volée, composée de douze morceaux de qualité.
Nicotine Dolls : l’album d’un groupe à surveiller désormais de très près !
Titres conseillés : Wanted You To Know, To The Wolves, Gimme Sympathy, Punch Drunk Lovin’, Enemy.
Jean-Christophe Tannieres
