Fontaines D.C., Dopamine Chamber

Rédigé le 20/10/2026
Jean-Christophe Tannières

Deux ans après le très remarqué Romance, revoilà les Irlandais de Fontaines D.C. avec leur cinquième album ayant pour titre Dopamine Chamber (XL Recordings).

Un prolongement de Romance

Dopamine Chamber, à bien y réfléchir, n’est guère différent de son prédécesseur Romance (2024), il en est même le prolongement et la continuité. D’une part, parce que James Ford a été reconduit aux manettes, ayant déjà fait de Romance le grand succès des petits gars de Dublin. D’autre part, Grian Chatten et les siens n’en ont visiblement pas terminé avec leur passion communicative pour le Japon, comme en témoigne évidemment le fabuleux Japan, qui vient justement de paraître en single. Ce thème du Japon fut déjà abordé en profondeur sur Romance. Dopamine Chamber le complète habilement, sans pour autant indiquer si Grian et sa bande ont tout dit.

Tongue : presque le pendant de Starburster

L’époque post-punk de Dogrel, comme ce cinquième album de Fontaines D.C. le confirme, semble bien révolue, si l’on excepte l’urgence de l’interprétation de Tongue, morceau que l’on pourrait aisément comparer à Starburster en 2024. Grian Chatten y apparaissait alors comme en apnée, cloué par la panique en pleine gare de Saint-Pancras. Bien que similaire sur certains points, Tongue se veut tout de même moins dans l’adrénaline que Starburster.

Entre sonorités électriques et synth-pop

Il était question de Tongue. Ce morceau engagé mélange subtilement sonorités électriques et boucles synthétiques avec, en trait d’union, la voix criarde de Grian Chatten. Tongue, à lui seul, résume fort bien Dopamine Chamber, illustrant ce formidable melting-pot d’influences musicales. Pourtant, quelques morceaux tendent à conserver une dominante, que celle-ci soit synthétique ou électrique. Quand Six Shot Morning, Marianne et Intimate se montrent résolument électroniques, Mimesis et You Miss Me prouvent que Fontaines D.C. n’a pas totalement laissé le rock au vestiaire. Boys In The Better Land, I Don’t Belong et Living In America ne sont-ils pas des morceaux où les grosses grattes règnent en maîtresses absolues ? Ce mélange d’électronique et d’électrique nous amène à tirer un grand enseignement : Fontaines D.C. continue de plus belle son exploration de nouvelles contrées musicales, entamée avec le très celte Skinty Fia en 2022. Et force est de constater que les Dublinois y trouvent leur compte, tant le public que les critiques répondent présents. Grâce à Happy For You, You Miss Me et autres Japan, Fontaines D.C. semble définitivement avoir trouvé la bonne carburation, adopté sa vitesse de croisière. Ce va-et-vient entre sonorités électriques et synth-pop n’est pas pour nous déplaire, faisant de Dopamine Chamber un album complet et apportant la confirmation que Grian Chatten et les siens sont devenus une formation passe-partout, musicalement très fréquentable.

De Lana Del Rey à Oasis

Where Is Gone, magnifique ballade folk, est un featuring avec la chanteuse Rosalía, voix féminine qui n’est pas sans rappeler celle de Lana Del Rey, laquelle aurait aisément pu poser sa voix sur Where Is Gone pour seconder celle de Grian. Dans un style plus dynamique mais tout aussi émouvant, Japan revêt quant à lui un bon côté Oasis, et ce, en dépit des notes de clavier présentes en début de morceau, à l’instar de One Man, autre belle ballade de Dopamine Chamber. Demolition, plus urgent et explosif, n’est pas non plus très loin du versant musicalement impétueux des Mancuniens de la fratrie Gallagher.

Dopamine Chamber : l’album de la continuité pour Fontaines D.C.

Titres conseillés : You Miss Me, Japan, Mimesis, Where Is Gone, One Man.

Jean-Christophe Tannières