Le retour de Muse était dans les tuyaux depuis un bon moment, le voilà désormais acté et donc bien réel. Un dixième album baptisé The Wow! Signal, paru via Warner Music.
Espace et extraterrestres toujours au centre des débats
Dans les thèmes abordés, les albums de Muse se suivent et se ressemblent. L’espace et les extraterrestres ont toujours été les figures de proue des divers opus de Matthew Bellamy et de sa bande, et The Wow! Signal fait encore moins exception à la règle. Il s’agit d’une captation radio datant de 1977, d’une durée de 72 secondes, transmission au cours de laquelle des extraterrestres semblaient vouloir établir le contact avec nous, les Terriens. Matthew, Dominic et Chris prouvent que, dans le domaine spatial et celui des extraterrestres, ils ont toujours des choses à dire, que cette passion est et restera inaltérable.
Un album qui souffle le chaud et le froid musicalement
L’espace et les extraterrestres sont une chose intéressante pour laquelle on ne saurait blâmer Muse de les évoquer sous toutes les coutures, mais il faut bien aborder l’aspect musical de ce dixième album du trio britannique. The Wow! Signal n’est ni mauvais ni bon, soufflant alternativement le chaud et le froid, le bon rock et l’électro boum boum. Muse a, semble-t-il, voulu contenter tous les publics, aussi bien les mordus de dance (Nightshift Superstar, The Dark Forest, Be With You) que les aficionados de bon gros rock (Cryogen, The Sickness In You And I, Unravelling). C’est en tout cas ce dont on peut se persuader pour se rassurer et ainsi accorder à la formation de Matthew Bellamy des circonstances atténuantes. Be With You débutait pourtant bien, tout en orgues et en voix de Matthew, mais les boum boum sont venus tout gâcher, si courts qu’ils aient été. Un morceau sur lequel, en outre, on est en droit de déplorer un criant manque de guitares, comme quoi les boum boum ne sont pas les seuls responsables de l’échec de Be With You. Une brusque retombée de Muse dans ses travers après un excellent Unravelling, dont le succès fut retentissant. Heureusement, Cryogen a su redresser la barre, à l’instar de la ballade Hexagons mais, patatras, Nightshift Superstar est venu de nouveau tout chambouler, nous rappelant que Muse ne sera plus jamais un groupe de rock à part entière, 100 % électrique. La courbe musicale de Muse, sur The Wow! Signal, se révèle sinusoïdale et donc bien irrégulière. Un super morceau bien rock, puis vlan, le néant et le bide total ! Satisfaire un large public, d’accord, mais mener les mordus de rock que nous sommes en bateau, non. Ou on fait du rock ou on n’en fait pas !
Renouer avec le passé
Sur Cryogen et Unravelling notamment, Muse semble tenter de renouer avec le passé, par exemple avec l’époque faste de Plug In Baby. Tentative parce que, selon certains puristes et fans de Muse, le trio ne s’y prend pas très bien. Le riff du début de Cryogen rappelle Plug In Baby, mais les guitares apparaissent fausses, brouillonnes et quelque peu désordonnées. Enfin bon, c’est juste l’avis des fans exigeants car, avec Cryogen, Muse fait l’effort de pondre du rock qui tient la route et il serait dommage de juger un morceau sur son seul riff d’introduction. Cryogen n’est pas, dans le registre rock, l’unique bon morceau de The Wow! Signal. The Sickness In You And I, Unravelling ou même Hush, en featuring avec Ellie Goulding, fleurent bon la testostérone. Le chant, il est vrai, ringardise un peu Muse, mais musicalement parlant, ça passe quand même avec les guitares. Était-il vraiment nécessaire d’inviter une voix féminine sur ce morceau, sans faire injure à Ellie Goulding ni lui manquer de respect ?
De belles ballades
À l’image d’Evanescence et d’autres formations estampillées rock, Muse conserve le sens de la ballade, au piano comme à la guitare. On a évoqué l’émouvant Hexagons, single dévoilé après Cryogen, deux morceaux qui ont contribué à nous faire dire que ce nouvel album de Muse ne serait peut-être pas si mal que ça. Outre Hexagons, signalons aussi Shimmering Scars et Space Debris, ce dernier servant d’épilogue à The Wow! Signal. De belles ballades où Matthew Bellamy n’a de cesse d’émouvoir, faisant montre d’une sensibilité légendaire dont la réputation n’est plus à faire. Et le piano, instrument fétiche des grandes ballades de Muse, est magnifiquement mis en exergue sur Shimmering Scars. The Wow! Signal : ni pourri ni totalement bon !
Morceaux conseillés : Cryogen, The Sickness In You And I, Hexagons, Shimmering Scars, Unravelling.
Jean-Christophe Tannières
