C’est dans un Olympia bien rempli que DOGSTAR avait fait escale sur Paris mercredi soir pour venir défendre son 4eme album, une arlésienne que l’on n’avait ni anticipé ni soupçonné.
Le public, on ne va pas se leurrer, était aussi et peut-être essentiellement là pour voir sur scène un phénomène peu courant : le groupe d’une célébrité de la grande toile, puisque le trio de Los Angeles est essentiellement connu pour compter en son sein le talentueux Keanu Reeves, aussi à l’aise derrière une quatre cordes que sur les plateaux de tournage.
En introduction, c’est le groupe anglais de rock alternatif James and the Cold Gun qui fut chargé de chauffer l’ambiance et c’est peu dire que le challenge fut relevé haut les manches.
Un rock racé, percutant et ultra efficace, chahuté par des ambiances tantôt stoner, tantôt indé et qui fit l’unanimité dans l’audience, notamment avec leur single étendard ‘Twist the Knife‘ qu’on pourrait croire échappé du répertoire des Queens of the stone age. Le charismatique chanteur James Joseph a vraiment impressionné par sa voix puissante et très typée rock des années 90. Le guitariste James Biss, torse nu, à faire tournoyer sa cheveulure comme une rock-star en plein âge d’or et la solide section rythmique emmenée pour le duo frénétique Benny Mead à la batterie et la beauté fatale Gaby Elise à la basse, sautillant et dessinant des ambiances lourdes du bout des doigts tout en parcourant les 4 coins de son carré de scène. ‘La musique rock n’est pas prête de s’éteindre !’ lâchera James avant de définitivement conquérir le public, l’invitant à danser frénétiquement.
Une entrée en matière rêvée pour un songe de nuit d’été relevée. DOGSTAR, tous de noir vêtus, entrent alors en scène dans des lumières bleues feutrées, pas du tout enclin à capitaliser sur la notoriété de son bassiste-star, à peine esquissé dans l’ombre.
Et cette humilité non calculée ne fait que révéler immédiatement l’essentiel avec le morceau ‘Siren‘ et ses lignes mélodiques chromées : le trio Californien est un sacré bon groupe de scène, sans artifice, au son mature et massif, instantanément entrainant. Il faut dire que ses récentes livraisons sur disques nous y avaient préparés; car si les premières galettes du groupes furent assez confidentielles ( ont rappelle que plus de 20 années séparent les 2 premiers albums des 2 derniers ), les dernières en revanche se hissent au meilleur niveau de ce que le monde du rock alternatif nous ait offert en ces temps difficiles pour le genre.
Pour preuve évanescence harmonique des versions live de ‘Joy‘, ‘Wing‘ et surtout de ‘This Sphere‘ dont les envolées de refrains s’en vont tutoyer U2 par instants. Bret Domrose au chant guitare se révèle d’une virtuosité redoutable, l’inscrivant dans cette catégorie des grandes figures largement sous-côtées. Comme un diesel musical, Keanu se laisse quant à lui progressivement aller à de plus en plus de démonstrations au fur et à mesure que le show progresse. Son niveau de bassiste est juste incroyable, alternant les intro vrombissantes, des ponts énergiques fiévreux et des nappages d’une densité pesante. Tout ce qu’on attend d’une excellente maitrise d’un jeu de basse pro.
Scéniquement, après une mise en retrait sans doute liée à sa modestie naturelle, Reeves finit par tournoyer sur lui-même, brandir le bois, venir au contact de ses partenaires et même tutoyer le public d’un bout à l’autre de la scène. On le voit progressivement rire et laisser l’énergie d’une connivence de groupe redessiner son occupation scénique.
Derrière les fûts, Robert Mailhouse charbonne comme un chien fou. La symbiose du trio fait même émerger des moments proprement épiques, notamment sur les titres les plus énergiques : ‘ Exalted‘, ‘What is‘ qui nous rappelerait presque le Radiohead des débuts, et ‘All in now‘ qui envoie les riffs de chevaux façon stoner. Keanu va même jusqu’à reprendre les premières notes du ‘Seven nation army‘ des White Strippes pour la blague, attisant encore plus un public déjà conquis à sa cause.
Dans un ballet de faisceaux colorés, le show défile à une vitesse folle.
Les fameux hymnes de stades viennent ensuite résonner comme jamais dans la coquette enceinte de l’Olympia comme pour pousser les murs autour de ce groupe presque trop grand pour lui et faire entrer le plus de rappels possible.
Il y en aura 3 dont les splendides ‘Swallow easy‘ et ‘Breach‘ à l’architechture rock imparable, qui iront jusqu’à galvaniser les tout derniers rangs.
Jetés de baguettes, de médiators et de setlist, on sent que le groupe n’a aucune envie de partir, happé tel un aimant vers la chaleur humaine occasionnée par ce concert brulant.
Il sera toujours temps de revenir et dans une arène plus grande. C’est tout ce qu’on leur souhaite !
