Ghinzu, W.O.W.A.

Rédigé le 11/06/2026
Jean-Christophe Tannières

On n’osait plus y croire et pourtant la chose est bien réelle! Mais oui, les belges de Ghinzu (vous avez bien lu et entendu) sont de retour, dix-sept longues années après le discret Mirror Mirror. Ce nouvel album, paru via PIAS Records, s’intitule curieusement W.O.W.A.. Un titre qui pourrait aisément, vu que nous sommes en pleine période de Coupe du Monde de foot, être le cri de ralliement ou de bonheur des supporters de ces chers diables rouges belges. Que l’on ne s’y méprenne pas, ce n’est que du rock et c’est déjà pas mal!

Un retour timide et sur la pointe des pieds.

Il faut bien l’avouer, on s’est longtemps demandé ce que Ghinzu venait chercher dans ce rock actuel sans cesse en constante évolution. Les premiers singles Out Of Control et Snow White n’ont pas permis à la formation du chaud-bouillant John Stargasm de trouver sa bonne carburation ni même sa vitesse de croisière, pas davantage que le trop longuet When Other Worlds Await, morceau au titre presque éponyme. Sept minutes (voire même un peu plus) qui nous font nous demander où les belges veulent en venir, à force de changements de tempo bien trop intempestifs qui rendent le morceau décousu. Nos petits belges, auteurs du surpuissant Do You Read Me en 2004, avaient-ils raison de revenir? La suite allait fort heureusement montrer que oui.

Assagissement et changement de cap.

Depuis ce fameux Do You Read Me, les années ont bien évidemment passé et de l’eau a coulé sous les ponts, mais John Stargasm et les siens ont prouvé que leur musique n’avaient pas pris une ride. Nos petits belges préférés ont, semble-t-il, encore du ressort avec ce quatrième effort W.O.W.A.. Pas de rock qui déchire tout sur son passage comme à la belle époque de Do You Read Me, mais une musique posée et mature où l’émotion, sans pour autant y être priée, vient apporter sa pierre à l’édifice. Il n’y a qu’à entendre les ballades Fool, Breathless et surtout le poignant Forever pour juger de la puissance émotionnelle dont nous gratifie Ghinzu, un pouvoir d’émouvoir que l’on aurait jamais soupçonné de la part des belges de John Stargasm. Le somptueux et splendide Forever que les détracteurs qualifient certainement de « morceau d’enterrement, tout juste bon à être diffusé durant une cérémonie d’obsèques! » Ils n’ont certes pas tort, mais qu’ils écoutent et se laissent porter par ces fabuleux choeurs, ils changeront peut-être d’avis! Toujours est-il que Forever est et demeurera l’un des grands temps forts de W.O.W.A., à l’instar de Breathless et de Fool pour ne citer que les ballades.

Quelques relents de Pulp et de Blur.

Inconsciemment ou non, la musique de Ghinzu s’est britannisée. Certains morceaux comme Apologies, It’s The Law ou même le musclé Morning Lights laissent s’épanouir quelques accents de Pulp par le biais de la voix de John Stargasm, voire également de Blur notamment sur Morning Lights. Bien que les guitares soient toujours aussi présentes, l’électro et les claviers ont tout fait pour se frayer un chemin et même se rendre indispensables au style musical de Ghinzu. Forever, Breathless en son début ou encore le très pulpien Apologies en témoignent fort à propos.

La barre a donc été bien redressée et le tir rectifié avec Forever, Morning Lights et autres It’s The Law, autant de morceaux qui nous font penser que ce grand retour de Ghinzu est au final bien loin d’être vain, que John Stargasm et sa bande n’ont pas eu tort de venir se rappeler à notre bon souvenir. On ne sait pas encore si cette année 2026 est celle des belges de façon générale, mais elle est déjà celle de Ghinzu avec W.O.W.A., quatrième album de la formation de John Stargasm en vingt-six ans. Jacuzzi, premier album de Ghinzu, remonte à 2000.

W.O.W.A.: la nouvelle aventure musicale et expérimentale de Ghinzu!

Morceaux conseillés: Morning Lights, Forever, Apologies, Fool, Breathless Words.

Jean-Christophe Tannieres