Beck – Everybody’s Gotta Learn Sometime (2026)

Rédigé le 16/02/2026
Julien Lagalice

Touche-à-tout génial et imprévisible, l’artiste américain Beck se fait plaisir avec un mini-album annoncé pour le jour de la Saint-Valentin. Huit titres centrés sur l’amour, autour essentiellement de reprises et d’une fausse simplicité pour constituer un cadeau idéal pour (se) faire plaisir.

Cette présente décennie a débuté pour Beck avec sa belle version du sublime Old Man de Neil Young, réussissant le tour de force de transformer ses propres reprises en nouveaux classiques. En effet, ce mini-album s’ouvre avec Everybody’s Gotta Learn Sometime, titre emprunté aux Korgis et qui figurait sur la BO du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind, où la créativité de Michel Gondry se combine parfaitement à celle de Beck. Depuis plus de 20 ans, l’écoute s’avère toujours aussi plaisante.

C’est dans un style très crooner et intimiste que se déploie Can’t Help Falling in Love, hymne intemporel interprété en son temps par Elvis Presley et particulièrement réussi dans cette nouvelle version. Les Flamingos, par l’intermédiaire de I Only Have Eyes for You, figurent également dans cet ensemble, ici en version jazzy aux accents soul, valorisant la voix toujours magnifique de l’artiste.

Ce voyage dans le temps se complète par le subtil Ramona, unique version originale de Beck présente sur cet EP (mais déjà vue sur une autre BO sortie en 2010, Scott Pilgrim vs. The World). Une délicate ballade folk aux arrangements de cordes majestueux, pleine de douceur et d’espoir dans un univers où flotte l’ombre de David Bowie.

Autre univers, celui de l’artiste brésilien Caetano Veloso avec Michelangelo Antonioni, dévoilé ici dans une fausse simplicité mais conservant une atmosphère très cinématographique, empreinte de mystère et de séduction. Your Cheatin’ Heart, composé par Hank Williams en 1952, donne l’impression d’être joué au coin du feu, le tout rempli de fraîcheur et de cette facilité qui caractérise cet opus.

Beck enchante, fascine, joue et déjoue à chaque morceau ; s’attaquer au mythe John Lennon à travers Love relève du pari audacieux, mais il parvient à restituer à ce titre emblématique de l’iconique Liverpuldien toute son urgence, voire son idéologie. True Love Will Find You in the End, superbe et brève chanson de Daniel Johnston, synthétise en quelque sorte son propre parcours : le rock alternatif US du début des années 1990, l’inventivité permanente et l’élargissement du champ des possibles.

Ces huit titres soulignent avec quel brio se situe le formidable Beck, toujours surprenant mais qui ne lasse jamais. Tout semblait avoir été dit sur l’amour en musique, mais il démontre ici le contraire. Et quelle que soit l’issue d’une rencontre amoureuse, il peut devenir le parfait « lover », après avoir été le meilleur des « loser ».

Titres : Ramona ; Your Cheatin’ Heart ; True Love Will Find You in the End.